Les dernières volontés de son père

Le 09 avril 1137, Guillaume X d’Aquitaine décide de partir en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Malheureusement, il meurt en chemin. C’est Aliénor, sa fille aînée, qui hérite du pouvoir. Si la loi permet aux femmes d’hériter, elle leur impose toutefois de passer sous la tutelle (protection) du suzerain, qui doit leur choisir un mari.

Dans le cas d’Aliénor, le suzerain n’est autre que Louis VI le Gros, le roi de France, qui conformément aux dernières volontés du duc Guillaume X d’Aquitaine, accepte de la marier à son propre fils Louis le Jeune.

Par cette union, son fils deviendra duc d’Aquitaine et pourra étendre le domaine royal qui n’occupe qu’un espace réduit à ce moment là (composé de l’Ile-de-France, de l’Orléanais et du Berry).

Dessin du sceau et du contresceau d’Aliénor d’Aquitaine avec les mentions respectives :
(Crux) ALIENOR’ DEI GRACIA REGINE ANGLORUM, DUCISSE NORMAN’ ;
(Crux) ALIENOR’ DUCISSE AQUITANORUM ET COMITISSE ANDEGAVOR
Bibl. nat. de France, coll. Clairambault
© Cliché bibliothèque nationale de France

Les noces bordelaises

Enluminure du XIVè siècle.
Représentation du mariage de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine extraite des Grandes chroniques de France.
Bibliothèque Nationale de France.

Avant de célébrer les noces, il faut attendre que les vassaux aquitains soient tous arrivés des confins de la Gascogne et du Poitou, qu’ils ont quittés pour venir prêter hommage au prince Louis, leur nouveau suzerain.

Le mariage d’Aliénor et de Louis le Jeune a été célébré à Bordeaux, le 25 juillet 1137, en la cathédrale Saint-André tendue de riches tapisseries et parfumée d’encens. La cérémonie du mariage se déroule en toute solennité. Tous les comtes du duché d’Aquitaine ont fait le déplacement, ainsi que les notables du royaume de France.

Les mariés et leurs invités se retrouvent au palais de l’Ombrière pour les festivités. Le vin et la musique des troubadours font bonne compagnie. Comme le veut la coutume, la fête dure plusieurs jours.

Dès la fin des festivités, le prince Louis le Jeune et Aliénor, prennent le chemin de Poitiers capitale du duché et résidence préférée des ducs d’Aquitaine. A la cathédrale Saint Pierre, ils deviennent duc et duchesse d’Aquitaine au cours de la cérémonie ducale.

Les Poitevins accueillent le couple avec chaleur, un fastueux banquet y est donné. Aliénor loge dans la belle tour de Maubergeonne, que son grand-père Guillaume le Troubadour a fait bâtir pour la comtesse de Châtellerault.

À peine installés, le 1er août 1137, le roi Louis VI le Gros meurt. Son mauvais état de santé n’était un secret pour personne. Désormais futur roi, Louis le Jeune doit rentrer au plus vite à Paris, où l’attend une autre couronne. Les jeunes époux se mettent en route pour rejoindre la capitale de leur royaume.

Le sacre

Louis VII est sacré roi de France le 25 décembre 1137 en la cathédrale Saint-Étienne de Bourges, quatre mois après son avènement au trône.

Louis le Jeune prend le nom de Louis VII. Il a 17 ans ; Aliénor, reine de France, n’a que 15 ans !

Enluminure du XIVe siècle.
Représentation du couronnement du roi Louis VII en 1137, Grandes Chroniques de France.
Bibliothèque Nationale de France.

La cour

Aliénor d’Aquitaine, était très cultivée. Elle tenait, notamment à Poitiers, une cour raffinée et brillante où se réunissaient les artistes et les poètes.

À peine installée à la cour de France, Aliénor y impose les mœurs et coutumes de celle de Poitiers, qu’elle juge plus évoluées et moins moroses. Elle y apporte sa culture du Sud en introduisant notamment la poésie courtoise alors inconnue des gens du Nord. Elle fait venir à sa cour des troubadours, elle organise des fêtes et des jeux, instaure de nouvelles modes alimentaires et vestimentaires.

Pourtant Aliénor semble s’ennuyer au Palais de la Cité, sa nouvelle résidence parisienne. Elle serait nostalgique du climat du Sud et de ses coutumes.

À cela s’ajoute, qu’Aliénor et Louis VII s’entendent assez mal. Louis VII est très pieux (surnommé Louis, le Pieux) et ne s’intéresse pas beaucoup à elle. De son côté Aliénor est d’un tempérament jovial et indifférent à la religion. De plus, elle n’arrive pas à tomber enceinte, ce qui joue sans doute un rôle majeur dans son état d’esprit.

En 1145, après six ans de mariage, le premier enfant de la reine Aliénor et du roi Louis VII voit le jour ; c’est une fille : Marie de France. Ce n’est pas celui qu’elle espérait pour la succession au trône.

Elle est représentée sur cette enluminure assise entre un musicien et deux joueurs de dés et supervise les activités de son château (en bas, une femme tisse pendant qu’un cordonnier répare des chaussures).
Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (XIVè siècle).
Bibliothèque Nationale de France.

En route vers l’Orient

Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (XIVe siècle). © BnF

De 1147 à 1149 Louis VII décide de partir en croisade et Aliénor accompagne le roi. Elle est soupçonnée – à tort ou à raison – d’adultère ; l’idée de divorce, une première fois avancée, est abandonnée grâce à l’intervention du pape Eugène III. Mais le couple n’a pas d’héritier mâle.

Enfin de retour à Paris en 1151, Aliénor met au monde un second enfant. Au grand désespoir de Louis VII, c’est encore une fille (Alix de France).

La fin du couple royal

C’est alors qu’un évènement va précipiter les choses : la reine rencontre Henri Plantagenêt, qui joue le séducteur. Et cet homme n’est pas n’importe qui : il est duc de Normandie, son père est comte d’Anjou, et sa mère est la fille du roi d’Angleterre Henri 1er .

Aliénor est sous le charme et, surtout, elle comprend l’opportunité politique qui se présente à elle.

Lorsqu’Henri Plantagenêt hérite de l’Anjou à la mort de son père, Aliénor prend sa décision : elle réclame l’annulation de son mariage avec Louis VII. C’est la première fois qu’une femme demande elle- même le divorce ! Louis VII, toujours sans héritier mâle et sans doute excédé par les tensions au sein du couple, accepte.

La procédure de divorce est engagée et le concile de Beaugency (21 mars 1152) le prononce, sous prétexte de consanguinité entre les époux. Le mariage entre Louis VII et Aliénor est officiellement annulé. Elle n’est plus reine de France mais conserve, selon les usages féodaux, l’autorité sur le duché d’Aquitaine.

Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France (XIVe siècle). © BnF
Représentation de la répudiation d’Aliénor d’Aquitaine.

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